Faux ordres de virement : comment les entreprises se font piéger
Les faux ordres de virement figurent aujourd’hui parmi les fraudes les plus coûteuses pour les entreprises. Contrairement aux cyberattaques purement techniques, cette escroquerie repose avant tout sur la manipulation humaine.
Un email apparemment légitime.
Un ton urgent.
Une demande crédible.
Et en quelques minutes, plusieurs milliers d’euros peuvent être transférés vers un compte frauduleux.
Comment fonctionne cette fraude ? Pourquoi des entreprises pourtant structurées se font-elles encore piéger ? Et surtout, comment réduire le risque ?
Qu’est-ce qu’un faux ordre de virement ?
Le faux ordre de virement, parfois appelé fraude au président ou FOVI, consiste à tromper un collaborateur afin qu’il effectue un virement bancaire vers un compte contrôlé par un escroc.
Le scénario est souvent bien construit. Le fraudeur se fait passer pour :
-
- un dirigeant de l’entreprise
- un fournisseur habituel
- un partenaire stratégique
- un avocat
- ou un membre du service comptable
La demande semble cohérente. Elle s’inscrit dans une situation crédible : règlement urgent d’une facture, acquisition confidentielle, changement temporaire de coordonnées bancaires.
L’objectif est simple : créer une illusion de légitimité.
Pourquoi les faux ordres de virement fonctionnent encore ?
Les entreprises pensent souvent que seules les structures mal organisées sont vulnérables. En réalité, même des sociétés expérimentées peuvent être victimes.
La raison principale tient à la psychologie humaine.
Les faux ordres de virement exploitent trois leviers puissants :
-
- L’autorité
- L’urgence
- La confidentialité
Lorsqu’un message semble provenir d’un dirigeant ou d’un partenaire important, le collaborateur hésite à remettre en question la demande. Si l’on ajoute un caractère urgent ou confidentiel, la pression augmente.
La réflexion critique diminue.
Une préparation minutieuse des fraudeurs
Les escrocs ne se contentent plus d’envoyer des emails génériques. Ils analysent les entreprises ciblées.
Ils consultent :
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- le site internet
- les réseaux sociaux
- les communiqués de presse
- les profils LinkedIn
Ils identifient les noms des dirigeants, les fonctions financières, les projets en cours.
Cette phase de renseignement rend les faux ordres de virement beaucoup plus crédibles.
Un email personnalisé, signé du nom d’un dirigeant, envoyé au bon moment, peut facilement tromper un collaborateur.
Le piratage de messagerie : une variante redoutable
Dans certains cas, la fraude ne repose pas uniquement sur l’usurpation d’identité. Les cybercriminels parviennent à compromettre une messagerie professionnelle.
Ils observent les échanges internes pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Ils attendent le moment opportun pour intervenir dans une conversation réelle.
Un fournisseur envoie une facture. L’escroc intercepte l’échange et modifie discrètement les coordonnées bancaires.
Le collaborateur, pensant répondre à un interlocuteur légitime, effectue le virement.
Ce type de faux ordres de virement est particulièrement difficile à détecter, car il s’inscrit dans un flux normal d’activité.
Les signaux d’alerte souvent ignorés
Malgré la sophistication croissante des fraudes, certains indices reviennent régulièrement :
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- demande inhabituelle de changement de RIB
- ton urgent et insistant
- refus de validation par un autre canal
- fautes subtiles dans l’adresse email
- pression pour contourner une procédure interne
Ces signaux passent parfois inaperçus lorsque l’environnement de travail est sous tension ou que les procédures ne sont pas clairement définies.
Les faux ordres de virement réussissent souvent dans des contextes où la validation des paiements repose sur une seule personne.

Les conséquences financières pour l’entreprise
Les montants détournés peuvent varier de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Mais l’impact ne se limite pas à la perte directe.
Un faux ordre de virement peut entraîner :
-
- un déséquilibre de trésorerie
- une tension avec le fournisseur réel
- une perte de confiance interne
- une atteinte à la réputation
Plus la réaction est rapide, plus les chances de blocage du virement sont élevées. Mais une fois les fonds transférés à l’étranger, la récupération devient complexe.
Pourquoi les PME sont particulièrement ciblées
Les petites et moyennes entreprises représentent des cibles privilégiées.
Elles disposent :
-
- de flux financiers réguliers
- d’équipes réduites
- de procédures parfois moins formalisées
Les fraudeurs savent que les contrôles internes peuvent être plus souples que dans les grandes entreprises.
Un faux ordre de virement dans une PME peut passer inaperçu plus facilement si les validations sont centralisées.
Comment renforcer la protection contre les faux ordres de virement ?
La prévention repose d’abord sur l’organisation.
Mettre en place une double validation pour tout virement important réduit considérablement le risque.
Vérifier systématiquement tout changement de coordonnées bancaires via un appel téléphonique vers un numéro officiel est une mesure simple mais efficace.
La sensibilisation des équipes joue également un rôle clé. Comprendre les mécanismes de manipulation permet d’identifier plus rapidement une tentative.
Enfin, sécuriser les messageries professionnelles (authentification renforcée, surveillance des connexions suspectes) limite le risque d’intrusion.
L’importance de la cybersécurité globale
Les faux ordres de virement ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans un contexte plus large de cybercriminalité.
Un système mal protégé, une messagerie vulnérable ou des accès mal sécurisés augmentent la probabilité d’attaque.
Une stratégie globale de cybersécurité permet de réduire les risques à la source.
Chez Computerland, nous constatons que les entreprises qui combinent protection technique et sensibilisation humaine diminuent significativement leur exposition aux faux ordres de virement.
En cas de fraude : agir immédiatement
Si un virement frauduleux est détecté, la rapidité est essentielle.
Il faut :
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- contacter immédiatement la banque
- signaler l’incident
- conserver toutes les preuves
- renforcer les accès compromis
Chaque minute compte pour tenter de bloquer la transaction.
Au-delà de la réaction d’urgence, l’incident doit servir de point d’amélioration pour renforcer les procédures internes.
Conclusion
Les faux ordres de virement représentent une menace réelle pour les entreprises de toutes tailles.
Ils ne reposent pas uniquement sur une faille technique, mais sur une manipulation ciblée et crédible.
Comprendre les mécanismes utilisés par les fraudeurs permet de réduire significativement le risque.
Dans un environnement numérique où les échanges financiers sont quotidiens, la vigilance, la formation et la sécurisation des systèmes constituent les meilleures défenses.
Prévenir vaut toujours mieux que récupérer des fonds déjà transférés.